Yamanashi : l'autre visage du Fuji-san

Au cœur de l'île de Honshu, la préfecture de Yamanashi se distingue par sa géographie montagneuse : c'est l'une des rares préfectures du Japon à être totalement enclavée sans accès à la mer. Elle dispute depuis toujours la souveraineté du Mont Fuji à sa voisine Shizuoka, revendiquant fièrement la célèbre face nord du volcan et la région des Cinq Lacs à ses pieds. Filtrée par ses roches volcaniques, la région abrite la source de l'eau minérale la plus réputée du pays, un trésor naturel qui nourrit également ses vergers célèbres pour produire les meilleures pêches et raisins du Japon. Pour parfaire cette immersion locale, il est incontournable de goûter au Houtou, un plat traditionnel réconfortant à base de larges nouilles plates mijotées dans un bouillon de miso aux légumes et à la courge, autrefois prisé des samouraïs du seigneur Takeda Shingen.

Comment organiser votre trajet de Shinjuku à Shimoyoshida

Pour rejoindre Shimoyoshida depuis Tokyo en une journée, le moyen le plus rapide est le train direct JR Fuji Excursion au départ de la gare de Shinjuku. Il faut compter environ 1 heure et 50 minutes de trajet pour atteindre la gare de Shimoyoshida sans changement. Si ce train est complet, prenez la ligne JR Chuo Limited Express jusqu'à la gare d'Otsuki, puis effectuez une correspondance sur la ligne locale Fujikyu.

Un départ fixé aux alentours de 7h30 depuis Shinjuku vous garantit une arrivée avant 9h30 à Shimoyoshida. Ce timing est déterminant pour devancer la masse de visiteurs et profiter de la clarté matinale sur le volcan.

La réservation du Fuji Excursion ouvre exactement un mois avant la date de voyage sur le site de la JR East, et les sièges partent en quelques minutes.

https://www.jreast.co.jp/fr/multi/traininformation/azusa_kaiji/

Si vous utilisez la correspondance à Otsuki, la carte IC (Suica ou Pasmo) fonctionne sur la ligne Fujikyu, ce qui simplifie le passage des portillons.

La pagode Chureito et le sanctuaire Arakura Fuji Sengen

Depuis la gare de Shimoyoshida, quinze minutes de marche bordées de petites échoppes vous mènent au sanctuaire Arakura Fuji Sengen, fondé en l'an 705. Tout au long de ce chemin, vous pourrez faire une pause gourmande et notamment goûter aux célèbres pommes Fuji locales, qui surprennent souvent par leur taille impressionnante.

La légende raconte qu'à la suite d'une violente éruption du Mont Fuji en 807, un envoyé impérial y fut dépêché pour accomplir des rituels et prier afin d'apaiser la fureur de la montagne (dont la toute dernière éruption remonte à 1707, lors de l'ère Hōei). L'accès à la terrasse d'observation demande de gravir l'escalier Sakuya-hime, un alignement de 398 marches en pierre. Depuis le sommet, la vue offre un panorama légendaire alignant le bâtiment rouge à cinq étages avec la silhouette du Mont Fuji en arrière-plan. Le décor est particulièrement féerique au printemps, lorsque des centaines de cerisiers (sakura) en fleurs encadrent le paysage. Gardez toutefois en tête que le site est pris d'assaut par la foule à cette période : l'endroit déborde littéralement de touristes et l'attente peut être longue pour accéder à la plateforme d'observation.

La montée prend une dizaine de minutes selon votre rythme de marche. Pour monter, emprunter les marches est l'option la plus rapide, mais si l'effort est trop soutenu, vous pouvez suivre le chemin asphalté en pente plus douce (utilisé notamment par les véhicules de maintenance). Tôt le matin , la lumière éclaire directement la face nord-est de la montagne. Prenez le temps de visiter le pavillon principal du sanctuaire au bas de la colline avant de monter. Des fontaines d'eau de source permettent de se rafraîchir après l'effort.

Traversée à pied de la rue commerçante Fujiyoshida Retro jusqu'à la gare du Mt. Fuji

La traversée de la rue Honcho sur deux kilomètres relie le bas du sanctuaire à la gare du Mt. Fuji en trente minutes de marche. Cette rue commerçante aligne des enseignes rétro de l'ère Showa qui cadrent la montagne au bout de la perspective. Lorsque le ciel est dégagé, l'alignement parfait de l'avenue qui se prolonge vers le Mont Fuji majestueux offre un cadre photo spectaculaire et très prisé. Pour ceux qui préfèrent éviter la marche, la liaison s'effectue très rapidement en train, mais parcourir la rue à pied reste le meilleur moyen d'en apprécier l'atmosphère authentique et de dénicher de superbes angles photos. Veillez toutefois à faire très attention lors de vos prises de vue : restez impérativement sur les trottoirs et n'empiétez pas sur la chaussée pour ne pas gêner la circulation locale.

Sur le parcours, le sanctuaire Fujisan Shimomiya Omuro Sengen offre une halte spirituelle d'une grande sérénité. Réputé pour ses écuries abritant des chevaux sacrés (shinme), ce lieu historique chargé de traditions préserve l'atmosphère paisible de la dévotion locale au Mont Fuji. L'un de ses plus grands atouts est sa tranquillité : il y a nettement moins de monde ici comparativement à l'affluence frénétique des sites plus touristiques. Depuis l'enceinte et les abords du sanctuaire, la vue se dégage joliment : on aperçoit au loin le sentier et la colline qui mènent au sanctuaire Arakura Sengen d'auparavant, où se dresse la célèbre pagode Chureito, un mémorial de la paix érigé en 1958 en hommage aux habitants de la ville tombés lors des conflits armés modernes.

À quelques blocs de là, vous pénétrez dans Nishiura, un quartier rétro historique dont les origines remontent au boom textile de l'après-guerre au Japon, lorsqu'il servait de vaste quartier de divertissement regroupant plus de 200 bars et maisons de geishas pour les riches marchands et tisserands. Aujourd'hui, après des années de calme consécutives au déclin de l'industrie, ce dédale de ruelles étroites autour de la rue Million-dori connaît un renouveau porté par la culture rétro de l'ère Showa. Évoquant le Golden Gai de Tokyo avec ses lanternes rouges incandescentes, ses enseignes vintage et ses petits bars à snacks traditionnels, le district reste paisible en journée avant de s'animer à la tombée de la nuit comme un haut lieu du hashigo-zake (la tournée des bars), mêlant une centaine d'établissements actifs entre petits izakayas de quartier, et bars de jazz nichés dans des bâtiments anciens rénovés.

Plus tard, par un heureux hasard, en flânant dans le centre commercial Q-STA de la gare du Mont Fuji, je suis tombé sur un fragment de cette histoire locale directement tissé dans la mode : une superbe chemise hawaïenne arborant des croquis des izakayas animés du quartier de Nishiura et de l'arche d'entrée emblématique de la rue Million-dori.

Arrêt gourmand à Unagi Restaurant Sakuya

Le restaurant Sakuya se trouve non loin du parcours piéton et prépare de l'anguille grillée sur charbon de bois. Une portion classique coûte environ 3 500 yens et est servie avec du riz chaud et du bouillon d'eau de source. En plus de l'anguille, l'établissement propose également un gyukatsu: une escalope de bœuf panée et frite, spécialité japonaise croustillante à l'extérieur et tendre à l'intérieur, préparé ici avec du faux-filet (sirloin). Servi mi-cuit, il est à finir de griller vous-même selon votre goût sur une pierre chaude individuelle. L'établissement ouvre à 11h et constitue une étape pratique pour déjeuner avant de poursuivre vers les lacs.

Pause café au Cafe Gekkou

Le Café Gekkou est un petit établissement indépendant situé dans une ancienne maison en bois réaménagée. On y sert différents types de thés et de cafés préparés à la commande ainsi que des pâtisseries maison. C'est un endroit idéal pour faire une pause de vingt minutes dans une ambiance calme, d'autant plus que le personnel y est d'une gentillesse remarquable : lors de ma visite, je suis même reparti avec une carte postale et tablette de chocolat offerts !

Passage par Oshino Hakkai et le sanctuaire Kitaguchi Hongu Fuji Sengen

Depuis la gare du Mt. Fuji, un bus navette Fujikyu rejoint le village d'Oshino Hakkai en vingt minutes pour 420 yens. Le site compte huit bassins alimentés par la fonte des neiges, filtrée à travers la roche volcanique pendant plusieurs décennies. Alors que sept d'entre eux sont regroupés au cœur du village -entourés de maisons au toit de chaume, d'un moulin à eau en activité et d'échoppes (yatai) proposant brochettes grillées et dango-, le huitième bassin, Deguchi-ike (littéralement « le bassin de la sortie »), se trouve un peu à l'écart, offrant un cadre nettement plus paisible. Le centre du village abrite également le musée folklorique Hannokibayashi (payant, environ 300 yens) : installé dans la plus ancienne maison en chaume de la commune, il expose armures de samouraïs et outils d'époque, tout en donnant un accès exclusif au bassin Sokonashi-ike et à un panorama privilégié sur le Mont Fuji.

Accessible en seulement cinq minutes de bus sur le trajet retour vers la gare, le sanctuaire Kitaguchi Hongu Fuji Sengen est historiquement le véritable point de départ de la voie pèlerine Yoshida pour l'ascension du volcan. Dès l'entrée, une majestueuse allée bordée de lanternes en pierre s'enfonce sous des cèdres centenaires vers le pavillon principal en bois sombre, où la présence d'arbres colossaux plantés il y a plusieurs siècles confère au site une atmosphère imposante et solennelle.

Du sanctuaire Kawaguchi Asama jusqu'à la cascade Haha-no-Shirataki

Le sanctuaire Kawaguchi Asama se trouve sur la rive nord du lac Kawaguchiko, accessible en quinze minutes de bus depuis la gare de Kawaguchiko. Le site abrite sept cèdres sacrés plantés au IXᵉ siècle. Un sentier pédestre monte depuis le sanctuaire principal vers le promontoire Tenku no Torii puis s'enfonce dans la forêt vers la cascade Haha-no-Shirataki.

Le portail suspendu Tenku no Torii

L'espace de contemplation du Tenku no Torii est situé à un kilomètre au-dessus du sanctuaire Kawaguchi Asama, après quinze minutes de montée sur une piste goudronnée. L'accès au site coûte 200 yens par personne pour soutenir l'entretien du terrain. Le portail en bois rouge est dressé sur la colline et fait face au lac et au Mont Fuji ; désormais, un second torii a d'ailleurs été installé à ses côtés afin de fluidifier l'accès et réduire l'attente pour la prise de vue.

La cascade sacrée Haha-no-Shirataki

Niché au cœur de la forêt, au terme d'une marche de vingt minutes sur un sentier de terre et de pierres, la cascade Haha-no-Shirataki: littéralement « la cascade blanche de la mère » laisse s'écouler son eau fraîche sur la roche volcanique dans une atmosphère empreinte de fraîcheur. Dédiée à Takuhatachiji-hime, la belle-mère de Konohanasakuya-hime (la déesse protectrice du mont Fuji), cette chute d'eau constituait autrefois un site sacré où les pèlerins de l'époque Heian accomplissaient des rites de purification (misogi) avant d'entreprendre l'ascension de la montagne.
Enfin, pour celles et ceux qui souhaitent prolonger la balade, il suffit d'emprunter le petit escalier aménagé juste au-dessus pour rejoindre Chichi-no-Shirataki (« la cascade du père »), une chute d'eau plus intime de 5 mètres de haut qui complète ce duo sacré.

La visiter en hiver est un véritable délice : sous des températures négatives, la cascade peut geler partiellement ou complètement, transformant le lieu en un tableau de glace spectaculaire et figé dans le temps.

Petite pause au Tsunagaru Cafe

En redescendant, pensez à vous arrêter au café Tsunagaru. L’établissement propose un flan (pudding) artisanal moulé en forme de Mont Fuji, parfait pour une pause gourmande. Avec le véritable Mont Fuji se dressant en arrière-plan à travers la fenêtre ou depuis la terrasse, le dressage du flan ravira les amateurs de photos virales prêtes pour Instagram. Côté boissons, la carte est tout aussi variée : on y sert aussi bien de bons cafés que des chūhai rafraîchissants.

Quelle est la meilleure heure pour observer le Mont Fuji sans nuages ?

La meilleure période pour observer le sommet du Mont Fuji sans nuages se situe entre 7h00 et 10h00 du matin. Les nuages thermiques ont tendance à se former à mi-pente au cours de la matinée, particulièrement au printemps et en été, tandis qu'en hiver, l'air sec et froid garantit une excellente visibilité tout au long de la journée.

Ce tempérament insaisissable fait écho à la tradition populaire : selon la croyance locale, le volcan héberge la divinité féminine Konohanasakuya-hime, dont la grande timidité la pousserait à dissimuler régulièrement ses traits derrière un voile de brume. Apercevoir le sommet totalement dégagé relève ainsi du privilège. Pour multiplier vos chances d'admirer la majesté du volcan dans un cadre paisible, la région regorge de spots d'exception et de perspectives spectaculaires qui permettent de s'éloigner aisément des quelques points de vue hyper-fréquentés.

Voici les repères météo pratiques pour organiser votre trajet :

- De novembre à février, la montagne est visible presque 80% du temps sur l'ensemble de la journée.

- De mai à août, l'évaporation crée un voile brumeux dès 10h30 qui masque fréquemment le sommet.

- Consulter la webcam en direct du Mt. Fuji au réveil à Tokyo permet de confirmer la clarté du ciel avant le départ.

https://fujiyama.tv/live/?e=1